Le seuil de rentabilité répond à une question simple : quel chiffre d’affaires
faut-il faire pour ne rien perdre ? Tout repose sur une distinction, qui est la
seule difficulté du sujet.
Charges fixes et charges variables
Une charge variable augmente avec le volume vendu : les
marchandises achetées, les matières premières, la sous-traitance, les commissions
sur ventes, les frais de port. Une charge fixe se paie même à
zéro vente : le loyer, les salaires permanents, les assurances, les abonnements
logiciels, l’expert-comptable.
La frontière n’est jamais parfaitement nette et c’est là que se logent les
erreurs. L’électricité d’un atelier est en partie fixe, en partie variable. Un
commercial au fixe plus variable relève des deux catégories. Un chef d’entreprise
qui range tout en charges fixes obtient un seuil trop élevé et se croit en danger
à tort ; l’inverse lui donne un faux sentiment de sécurité.
La marge sur coûts variables
C’est ce qui reste du chiffre d’affaires une fois les charges variables
payées, et c’est ce montant qui sert à absorber les charges fixes. Un commerce
qui achète 60 € ce qu’il vend 100 € a un taux de marge sur coûts variables de
40 % : chaque euro encaissé libère 40 centimes pour payer le loyer. S’il faut
payer 90 000 € de charges fixes, il faut donc 90 000 ÷ 0,40 = 225 000 € de
chiffre d’affaires.
Le point mort, qui n’est pas le seuil
Les deux termes sont souvent confondus. Le seuil de rentabilité
est un montant en euros ; le point mort est la date à laquelle
on l’atteint. Sur une activité régulière, il se déduit du seuil par une simple
règle de trois sur l’année. Un seuil atteint au bout de 260 jours signifie que
les cent cinq derniers jours de l’année sont ceux qui produisent le bénéfice —
et que trois semaines de fermeture imprévue effacent une bonne partie du
résultat.
Quand le seuil n’existe pas
Si les charges variables dépassent le chiffre d’affaires, la marge sur coûts
variables est négative : chaque vente supplémentaire aggrave la perte, et aucun
volume ne peut rendre l’activité rentable. Ce calculateur refuse alors de
répondre, parce qu’il n’y a pas de nombre à afficher : le problème est le prix de
vente ou le coût d’achat, jamais le volume. C’est un cas moins rare qu’on ne le
croit chez les jeunes entreprises qui vendent à perte pour prendre des parts de
marché.